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Une sirène passe

Gabriel DIDIER

Perdu dans le mouvement agité de la foule,

Qui nous rend anonyme et nous brasse comme la houle,

J’ai senti un contact, j’ai senti un frôlement :

Pourquoi seulement le tien dans ce chambardement ?

 

J’ai tout juste eu le temps, de croiser ton regard,

Pour voir la solitude dans tes yeux bleus, hagards ;

Moi aussi j’étais seul, j’ai voulu te parler ;

Mais le flux t’a portée et tu t’en es allée.

 

Ton visage m’a marqué : j’ai cru voir une sirène,

Loin de sa plage natale, plutôt dans une arène,

Éplorée, désireuse qu’on s’occupe un peu d’elle,

Mais, qui partait au large, meurtrie, à tire-d’aile.

 

J’aurais voulu savoir stopper l’horloge du temps,

Pour te connaître, j’avais le cœur tout palpitant,

J’ai tout fait pour quitter cette marée en déroute ;

C’est à contre-courant que j’ai tracé ma route.

 

J’espérais te rejoindre, pouvoir te consoler,

Tu me semblais si seule, tu semblais affolée ;

Entre nous un déluge de personnes s’est dressé,

Me laissant là sur place, échoué et blessé.

 

J’ai lancé un appel comme un cri de détresse,

J’ignorais tout de toi : ton nom et ton adresse ;

J’étais un naufragé sans repères, sans amers,

N’ayant plus, comme espoir, qu’une bouteille à la mer.

 

Je m’accroche à l’idée que tu puisses repasser

Et sortir de ces flots, que je puisse t’enlacer.

Tu as fait naître en moi un amour éperdu ;

La foule blasée te garde et je me sens perdu.